
La santé mentale des hommes en milieu de travail : pourquoi les employeurs canadiens devraient y prêter attention
La santé mentale en milieu de travail est devenue un sujet de plus en plus important pour les organisations partout au Canada. Une question reste pourtant largement sous‑abordée : la santé mentale des hommes. Même si la stigmatisation liée à la santé mentale tend globalement à s’atténuer, de nombreux hommes se heurtent encore à des obstacles importants lorsqu’ils cherchent à obtenir de l’aide. Les attentes culturelles liées à la masculinité, à l’autonomie et à la maitrise de ses émotions peuvent empêcher les hommes de reconnaitre leurs problèmes de santé mentale ou de demander de l’aide.
Au Canada, les conséquences sont considérables : le suicide est la deuxième cause de décès chez les hommes canadiens de moins de 50 ans, ce qui souligne la nécessité urgente d’une sensibilisation et d’un soutien accrus.
Pour les employeurs, soutenir la santé mentale des hommes en milieu de travail n’est pas seulement une priorité de bienêtre : cela peut contribuer à renforcer la résilience et la productivité de l’organisation, tout en renforçant la confiance dans le leadeurship.
L’état de la santé mentale des hommes
Les problèmes de santé mentale touchent des millions de Canadiennes et de Canadiens chaque année, mais les hommes sont moins enclins que les femmes à demander de l’aide.
Les données mettent en évidence un écart important en matière de soins préventifs et de recours au soutien chez les hommes canadiens. En effet, 65 % des hommes canadiens attendent plus de six jours après l’apparition des symptômes avant de se décider à consulter, ce qui souligne le besoin urgent d’une intervention précoce et d’un soutien accessible.
Des données récentes indiquent également que les problèmes de santé mentale chez les hommes sont en hausse. Selon le gouvernement du Canada et la Fondation pour la santé des hommes, aujourd’hui,
- 64 % des hommes canadiens sont exposés à un niveau de stress modéré à élevé,
- ce qui se traduit par une dépression (23 %),
- une augmentation des troubles de l’humeur (de 11 % à 16 %) et
- une augmentation des troubles d’anxiété généralisée (de 4 % à 10 %)1.
Ces statistiques soulignent un besoin croissant d’un accompagnement précoce, d’une sensibilisation et de ressources accessibles. Selon Kii Santé, au sein du bloc d’affaires de l’Empire Vie, le recours au programme d’aide aux employés (PAE) a doublé au cours des cinq dernières années, et les femmes en sont les principales utilisatrices, et non les hommes.
La crise derrière le silence
Bien qu’ils soient confrontés à un niveau de stress important, les hommes ont du mal à parler ouvertement de leurs problèmes de santé mentale.
Même après le diagnostic, la stigmatisation peut rester un obstacle majeur à l’acceptation. Selon la Commission de la santé mentale du Canada, 60 % des personnes souffrant d’un problème de santé mentale ou d’une maladie mentale n’osent pas demander de l’aide par crainte d’être stigmatisées.
Ces expériences mettent en lumière le conflit intérieur auquel sont confrontés de nombreux hommes : reconnaitre qu’ils ont besoin d’aide tout en ressentant la pression de rester autonomes.
Pourquoi les hommes ne sollicitent-ils pas de soutien en matière de santé mentale?
Pour traiter efficacement les questions de santé mentale chez les hommes, il est important de comprendre les obstacles qui empêchent l’accès au soutien. Ces obstacles se répartissent généralement en trois catégories étroitement liées : les obstacles culturels, systémiques et logistiques.
Obstacles culturels : « l’idéal stoïcien »
Depuis des générations, les attentes culturelles ont façonné la manière dont les hommes réagissent face aux difficultés émotionnelles.
La force et l’indépendance sont des traits culturels caractéristiques de la masculinité. Cette mentalité s’installe dès le plus jeune âge et est omniprésente dans les médias et les interactions sociales. De ce fait, la vulnérabilité émotionnelle peut être perçue comme une faiblesse plutôt que comme une partie de l’expérience humaine.
Beaucoup d’hommes grandissent en entendant des messages tels que :
- Sois fort
- Fais-le toi-même
- Ne montre pas de faiblesse/ne pleure pas
Ces idées peuvent rendre difficile le fait d’admettre qu’on est confronté à des problèmes de santé mentale, même à son proche entourage.
Selon Movember, dans son étude phare intitulée « Perceptions of Masculinity and the Challenges of Opening Up » (les perceptions de la masculinité et les défis liés à l’ouverture), plus de la moitié des hommes canadiens (59 %) ont le sentiment que la société attend d’eux qu’ils soient « forts sur le plan émotionnel et ne montrent aucune faiblesse »2.
Obstacles systémiques aux soins en santé mentale
Lorsqu’un homme décide de demander de l’aide, le système de santé peut lui sembler accablant et déroutant.
Parmi les obstacles, on peut citer :
- délais d’attente pour les soins
- incertitude quant aux options de traitement
- méconnaissance des ressources
La complexité du processus accentue la tendance des hommes à attendre que les symptômes deviennent aigus, ce qui rend d’autant plus urgente leur recherche de soins immédiats et fiables. Trouver la bonne spécialisation, comprendre le diagnostic ou s’y retrouver parmi les options de traitement — surtout lorsqu’on ne se sent pas bien psychologiquement — peut constituer un obstacle de taille. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, alors que la moitié de la population canadienne attend moins de 30 jours pour obtenir un service communautaire de counseling en santé mentale, certains peuvent attendre quatre mois, voire plus.
Obstacles logistiques : le milieu de travail
Dans le milieu de travail, les craintes liées à la confidentialité et aux répercussions sur la carrière constituent un frein important à la recherche de soutien.
Même dans les entreprises dotées de politiques de soutien, les membres du personnel peuvent craindre que :
- demander un congé aura des répercussions sur les promotions;
- les gestionnaires auront une opinion négative des congés pris pour des raisons de santé mentale; et
- les collègues peuvent ensuite les percevoir différemment.
Il est surprenant de constater que 42 % des membres du personnel ayant reçu un diagnostic de santé mentale en font part à leur employeur; les 58 % restants n’en parlent pas. La principale raison qui les pousse à garder le silence est la crainte des répercussions sur leur carrière ou d’être perçus comme moins compétentes ou compétents3.
Comment les employeurs peuvent-ils favoriser la santé mentale des hommes en milieu de travail?
Les maladies mentales constituent un facteur important d’absentéisme, représentant 30 % des demandes de règlement d’invalidité au Canada. Lorsque la santé mentale d’un membre du personnel affecte sa capacité à travailler, le problème ne relève plus uniquement de la personne; il s’agit d’un enjeu pour l’entreprise.
Les milieux de travail peuvent contribuer à lever bon nombre de ces obstacles, en commençant par un changement de culture d’entreprise :
1. Prioriser la santé mentale au sein du leadeurship et dans la communication
L’équipe de direction joue un rôle essentiel dans la définition de la culture d’entreprise.
Lorsque les gestionnaires parlent ouvertement du stress, de l’épuisement professionnel ou de demander du soutien, cela montre que les problèmes de santé mentale sont normaux et qu’ils sont gérables.
Une discussion constante concernant les ressources disponibles dans le milieu de travail est également cruciale. Les membres du personnel sont plus enclins à utiliser ces ressources lorsqu’ils comprennent :
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- les options qu’elles offrent;
- leur fonctionnement; et
- qu’elles sont confidentielles.
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2. Offrir une protection en santé mentale et un soutien en milieu de travail
Les employeurs peuvent également réduire les obstacles en veillant à ce que les membres du personnel aient accès à des services de soutien.
Par exemple :
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- Programme d’aide aux employés (PAE)
- Services de counseling virtuels
- Bienêtre
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Fournir de l’information claire sur ces services peut aider les membres du personnel à demander du soutien plus tôt.
3. Gérer les facteurs de stress spécifiques dans le milieu de travail
Alors que tout le monde est confronté au stress au travail, certaines pressions touchent les hommes de manière disproportionnée.
Les professionnels peuvent ressentir une responsabilité accrue en matière de stabilité financière, de progression de carrière et de soutien aux membres de leur famille.
Mettre à leur disposition des ressources qui favorisent le bienêtre financier, la gestion du stress et la résilience émotionnelle peut aider les membres du personnel à faire face à ces pressions avant qu’elles ne dégénèrent en problèmes de santé mentale.
Faire avancer le débat
Les problèmes de santé mentale chez les hommes restent souvent méconnus dans les milieux de travail partout au Canada. Les attentes culturelles, la stigmatisation et les obstacles systémiques continuent d’empêcher de nombreux hommes de demander du soutien tant que leurs problèmes ne s’aggravent pas.
En favorisant une discussion ouverte, en améliorant l’accès aux ressources et en instaurant une culture qui priorise le bienêtre, les membres du personnel peuvent jouer un rôle essentiel pour changer cette perception. Soutenir la santé mentale des hommes renforce nos milieux de travail, nos familles et nos communautés.
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Cet article contient de l’information sur les services proposés par l’Empire Vie. Veuillez consulter votre livret des garanties pour savoir si vous bénéficiez de cette protection.
Les conseils présentés dans cet article ne visent pas à permettre l’autodiagnostic ni le traitement des problèmes de santé mentale. Si vous présentez des symptômes, veuillez consulter une professionnelle de la santé agréée ou un professionnel de la santé agréé.
1 Gouvernement du Canada. Améliorer la santé des hommes et des garçons au Canada, mars 2026.
2 Movember. Perceptions of Masculinity and the Challenges of Opening Up, aout 2019.
3 Recherche en santé mentale Canada. Mental Health in the Workplace 2025, juin 2025.
